Mardi 15 Février 2011
Lundi 30 Janvier 2012
Samedi 17 Décembre 2011
L’épave du Dragon, dernier bâtiment de guerre
français perdu lors de la Guerre d’indépendance
américaine, identifiée aux Antilles
Signalé à la fin des années 70 à l’Oficina Nacional de Patrimonio Cultural Subacuático (ONPCS), le département du gouvernement dominicain en charge de la protection et de la conservation du patrimoine culturel sous-marin, ce bâtiment militaire français a été fouillé en novembre 1999 et septembre 2000 par Simon Spooner et Christine Nielsen, de l’association ADMAT afin d’évaluer cette épave historique.
François Gendron, archéologue américaniste en Préhistoire au Muséum, en collaboration avec Florence Prudhomme (archéologue, membre de l’ADMAT-France) et le Musée national de la Marine, a pu expertiser les pièces archéologiques (paquets de mitrailles, boutons… ). Des recherches documentaires dans les archives nationales ont complété ces travaux. Les deux campagnes archéologiques ont ainsi permis de documenter le naufrage, d’analyser le processus de destruction de l’épave et de découvrir suffisamment d’indices qui ont permis aux scientifiques de retracer l’histoire de ce navire dans les archives françaises.
Les autorités diplomatiques françaises et le ministère de la Culture ont ainsi été avertis de cette découverte afin que la France puisse en revendiquer la propriété selon le droit de pavillon. Les chercheurs ont l’intention de poursuivre l’enquête historique et surtout la fouille de l’épave.
Histoire de la corvette le Dragon : la reconstitution
Le 1er avril 1782, le Dragon sort de Lorient pour escorter un convoi de navires marchands jusqu’à Brest. Au cours de cette escorte, son capitaine, le chevalier de L’Espine marquis du Puy, reçoit l’ordre de se rendre à Philadelphie pour porter des dépêches urgentes aux généraux français Rochambeau et La Fayette. Nous sommes alors en pleine guerre d’Indépendance américaine (1775-1783). Au cours de la traversée, le Dragon rencontre une violente tempête et subit des dommages si sévères qu’il est dans l’incapacité de rallier Philadelphie. Son capitaine préfère se rendre à Boston où il arrive le 16 mai 1782. Le bâtiment est mis en cale sèche pour inspection. On ne peut que constater des dommages considérables qui imposent la construction d’une nouvelle coque. Le 10 septembre 1782, c’est un Dragon pourvu d’une coque neuve de conception américaine qui quitte Boston pour la France.
Le 11 décembre 1782,
toujours commandé par le chevalier de L’Espine, le Dragon quitte Brest à destination du Cap Français (Cap-Haïtien) sur la côte nord de Saint-Domingue (Haïti). Il transporte un passager important, M. de Courregeolles chargé de paquets secrets pour le gouverneur de la colonie française. La mission de cet officier du génie est capitale car la France et l’Angleterre, défaite en Amérique, en sont à la rédaction du traité de paix reconnaissant l’indépendance des États-Unis. Celui-ci sera signé à Paris le 3 février 1783 et ratifié en septembre suivant. Le 21 janvier 1783, le Dragon longe la côte septentrionale de Saint-Domingue. Le soir, il rencontre une frégate et une goélette anglaise le HMS Dorkin qui commencent à le chasser. Pour leur échapper, le chevalier de L’Espine se rapproche de la côte pour profiter des vents de terre. Au matin du 22 janvier, il est piégé. 18 vaisseaux anglais, l’escadre de l’amiral Hood, font la chaîne entre la pointe Isabelique et le cap La Grange à l’ouest. Le capitaine du Dragon n’a pas d’autre solution que de pénétrer entre les rangs de récifs de la barrière de corail pour tenter de leur échapper et sauver les précieux paquets.
Sa coque conçue pour des eaux peu profondes lui permet de se faufiler dans les chenaux naturels de la barrière. Mais les Anglais mettent à l’eau les chaloupes qui commencent à canonner le Dragon. Le chevalier de l’Espine ordonne alors de faire côte pour mettre son équipage à terre, sauver les paquets et détruire le bâtiment. Le bateau s’échoue sur la plage. Une partie de l’équipage descend à terre, armé de fusils, tandis que l’on canonne les chaloupes anglaises qui approchent. À bord, il ne reste plus que le chevalier de l’Espine et sept hommes déterminés qui préparent les charges. Le chevalier sera le dernier à quitter le bord après avoir allumé les mèches. Peu de temps après, tout l’arrière de la corvette explose couvrant la plage et l’équipage de débris. En quelques jours, MM. de Couregeolles et de l’Espine rallient le Cap Français par la côte où ils remirent les précieux paquets au Gouverneur de Bellecombe.
1Anglo-Danish Maritime Archaeological Team (Association anglaise à but non lucratif, spécialiste de l’archéologie maritime)
2Département de Préhistoire du Muséum
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